The Transat - Plus que 3 jours pour Edouard !

May 19, 2016


Un tout petit peu moins de 500 milles (soit 930 km), c'est à l'heure où nous écrivons ces lignes la distance qui sépare Edouard de New-York. Les routages prévoient l'arrivée d'Edouard dans un peu moins de trois jours. Dernier coup de collier à donner notre champion, qui ne lâche rien et qui a chipé dans la journée la quatrième place de Robin Marais! Les deux solitaires sont à quasiment égalité : leur duel va nous tenir en haleine jusqu'à Brooklyn!

Attaque et Défense

Cette édition de The Transat aura donc finalement tenu ses promesses. Après une météo clémente les premiers jours les solitaires font désormais route à contresens sur l'autoroute des dépressions d'Atlantique Nord. Une route au près, contre le vent, dans des conditions musclées. Chacun est tenu de placer le curseur au bon endroit entre attaque et défense dans les limites de ce que peuvent endurer bateau et skipper : faut-il maintenant les pousser encore plus proche de ses limites et gagner du terrain sur les concurrents, au risque de casser? C'est la question que se posent les marins en permanence. 

Edouard est conscient qu'une avarie plus grave que les autres peut tout gâcher. A la vacation il disait :  "Sur cette course, ce qui me frappe, ce n’est pas tant l’effort physique, mais plus la peur de la casse qui peut t’empêcher d’arriver. Au près si tu casses des trucs, il faut continuer au portant… Et dans ce cas, c’est les Açores !" 

L'annonce de l'abandon d'Isabelle Joschke (Generali) - qui menait la flotte au dixième jour de course - suite à une voie d'eau provoquée par un problème de structure a refroidi les ardeurs de certains solitaires. Le terrible axiome a resurgi dans les têtes des skippers: pour bien figurer au classement, il faut déjà arriver.
Comme nous tous, Edouard était rassuré d'apprendre qu'Isabelle et son bateau avaient réussi à atteindre Saint-Pierre-et-Miquelon malgré son obligation de naviguer au ralenti et en bâbord amure dans une mer hachée pour ne pas abîmer son bateau davantage.

Difficulté supplémentaire dans un exercice déjà périlleux : les marins - qui nourrissent leur stratégie des fichiers météos - constatent aussi que les prévisions sont de moins en moins fiables car ils approchent de la zone où naissent les dépressions. La trajectoire et le comportement des phénomènes météos sont conséquemment plus difficiles à anticiper par les modèles de prévision. Cela peut parfois surprendre : Edouard nous disait l'autre jour qu'il avait relevé un vent moyen de près de 40 nœuds quand il en était prévu 25. Un appel à la prudence donc...Autre phénomène perturbant : le Gulf Stream, qui à l'inverse des courants de marées est très imprévisible. Son intensité peut atteindre 4 nœuds et le dessin aléatoire de ses tourbillons ajoutent de l'incertitude à la stratégie des skippers, dont ils se passeraient volontiers.

De l'importance de savoir se servir de ses mains

 

On observe beaucoup de dégâts sur les bateaux, dus aux conditions de mer et de vent mais également à l'intensité qu'ont fourni les solitaires pendant plus de deux semaines. A ce jeu il semblerait que Région Normandie figure parmi les bateaux les plus préservés, mais il n'est pas pour autant épargné!

Dans la même dépression qui a entraîné l'abandon d'Isabelle et au même moment, la chute de la Grand-Voile d'Edouard s'est déchirée sur un mètre environ, au dessus du troisième ris - la partie rouge de la Grand-Voile sur les photos du bateau.
Dans ces moments, où en général le solitaire se sent plus seul que seul, le skipper (qui a quand même le droit à l'appel à un ami) s'efforce de devenir un temps MacGyver pour trouver une solution avec les "moyens du bord", expression qui prend d'ailleurs tout son sens dans ces épreuves délicates.

Au terme de plusieurs heures à l'arrêt (autant éprouvantes en mer pour Edouard qu'insoutenable pour nous à terre) Edouard a réussi à faire une réparation de fortune afin de reprendre sa route au près vers New-York. Il déclarait par la suite : "C’était l’enfer ces derniers jours ! J’ai dû m’arrêter pas mal avec mes histoires de grand voile et compagnie, et pour le moral, c’était un peu dur. Mais là, l’arrivée commence à se rapprocher et c’est plutôt une bonne nouvelle !"

Malheureusement il lui restait un autre obstacle à surmonter. Il y a trois jours la liaison entre le chariot de Grand-Voile et le pont s'est fissurée. On voit sur les photos ci dessous la réparation temporaire d'Edouard, qui a soulagé la barre d'écoute en reprenant ailleurs les efforts du chariot. Depuis, il a percé en travers des deux faces pour solidariser les deux pièces au moyen de vis.

 

Sorte de guerre d'usure contre le temps et les vagues de l'océan, la gestion du matériel fait vraiment partie de la course. "Il y a quelques jours, on a eu un gros choix à faire" nous résume Edouard qui avait décidé de piquer vers le Sud. "Les prévisions annonçaient jusqu’à 4-5 mètres de creux. Même si ce n’était pas si violent, je sais que dans chaque vague mon bateau s’abîme un peu plus."

Normalement cette nuit sera la dernière nuit de vent fort, et cela devrait ralentir jusqu'à New-York. On espère que c'est fini pour les pépins techniques mais dans le cas contraire je crois qu'Edouard nous a bien montré qu'il savait se servir de ses mains! 

Un finish au coude à coude

 

Robin Marais (Esprit Scout) qui avait dépassé Edouard lorsque celui-ci avait affalé sa GV pour la réparer a dû à son tour se mettre à l'arrêt plusieurs heures ce matin, surement à cause d'un soucis technique. Nous sommes ravis de voir qu'il a repris sa route à une allure "normale", et on espère que le problème n'est pas trop grave.

Dans l'opération Edouard a récupéré sa quatrième place et a creusé une avance de 10 milles sur Robin. Aucun des deux n'est particulièrement connu pour lâcher prise; autant vous dire qu'ils vont se tenir compagnie jusqu'au bout et que chacun compte bien voir la statue de la liberté avant l'autre... Les bateaux sont décalés de 50 milles en latitude avec Edouard plus au Nord. Cela pourrait jouer à l'avantage de l'un, ou de l'autre. Dans tous les cas rien n'est gagné et Edouard va devoir se battre jusqu'au bout pour résister aux assauts de son poursuivant. Au pointage de 19h de ce soir, Edouard faisait route sous Grand-Spi un noeud plus vite qu'Esprit Scout... Une affaire à suivre!

L'arrivée du premier, Thibault Vauchel-Camus (Solidaires en Peloton) est prévue demain à l'aube, heure française. Louis Duc (Carac) et Phil Sharp (Imeris) arriveront probablement quelques heures après. Ce sont trois très grands marins sur le podium, ils réalisent chacun une super performance, bravo à eux! 

POST-SCRIPTUM

PS1 : Pour écouter les interview d'Edouard, vous pouvez cliquer sur les liens suivants :
Vacation du 16 mai :"C'était l'enfer"
Vacation du 8 mai : "Les derniers jours ont été sport, mais ça va mieux"

PS2 : N'oubliez pas qu'Edouard a besoin de vous! Vos messages le touchent beaucoup et les derniers milles sont toujours les plus difficiles : à nous aussi de ne pas mollir!
Comme écrit dans les précédentes newsletters, si vous souhaitez lui faire parvenir un message de soutien, envoyez un mail à nicolas.destais@gmail.com (attention : 30 mots par jour et par personne seulement!). Votre message lui sera transmis sous 24 heures.

Classement

Pointage le jeudi 19 mai à 17h (UTC+2)
1 - THIBAUT VAUCHEL - CAMUS (SOLIDAIRES EN PELOTON) à 72 milles de l'arrivée
2 - LOUIS DUC (CARAC) à 136 milles
3 - PHIL SHARP (IMERIS) à 227 milles
4 - EDOUARD GOLBERY (NORMANDIE) à 471 milles
5 - ROBIN MARAIS (ESPRIT SCOUT) à 481 milles
6 - ANNA-MARIA RENKEN (NIVEA) à 569 milles
7 - HIROSHI KITADA (KIHO) à 739 milles
ABD - ISABELLE JOSCHKE (GENERALI)
ABD - ARMEL TRIPON (BLACK PEPPER)
ABD - MAXIME SOREL (VANDB)

 

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